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 ... de septembre 2019 !

Lettre de José Bermudez de Castro à Marcellin Cazes, négociant à Vicdessos. Madrid, 30 mars 1872. Archives de l’Ariège, 5 M 89.

 

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Les bijoux de l’impératrice Eugénie enterrés dans le Vicdessos

Les dossiers de la police politique du département renferment un curieux échange de correspondances sur ce que l’on appellerait aujourd’hui « l’arnaque de l’ami en détresse ». Mais cela se passe en 1872 !

Marcellin Cazes fils, négociant à Vicdessos, reçoit, début avril 1872, une lettre d’un certain José Bermudez de Castro, se disant détenu politique à Madrid. Celui-ci lui écrit, au nom d’un ami commun dont il ne peut lui révéler le nom car sa correspondance est surveillée, pour l’informer qu’il a été chargé par l’impératrice Eugénie d’une mission particulière :

 « Après la révolution qui, en 1868, amena la chute des Bourbons en Espagne, j’émigrai à Paris où, par ma qualité de capitaine de l’armée isabelline et les bonnes recommandations que j’avais, je fus admis au service de la maison impériale.

Sa Majesté l’Impératrice, qui m’avait toujours témoigné beaucoup de confiance, me fit l’honneur de penser à moi lorsque la funeste bataille de Sedan et la proclamation de la République allait l’obliger de quitter la France, en me chargeant de la mission bien délicate de transporter chez sa mère, la comtesse de Montijo, à Madrid, une cassette contenant quatre millions de francs en bijoux et valeurs.

J’obéis aux ordres de ma protectrice mais une fois en route, je changeai d’itinéraire de peur de compromettre le sort des objets qui probablement auraient été confisqués à la frontière et je me dirigeai vers votre ville aux environs de laquelle j’enterrai la cassette en ayant eu soin de lever un plan exact des lieux, lequel est caché dans une de mes malles ».

Il propose, contre récompense, de dévoiler l’endroit où se trouve la cassette. Marcellin Cazes, un peu méfiant, demande conseil au préfet lequel, après avoir informé à son tour le ministre de l’Intérieur, l’invite à la prudence : « Les journaux du Midi nous ayant déjà entretenus de tentatives semblables, j’ai lieu de croire que vous avez affaire à un chevalier d’industrie. M. de Campoussy, percepteur de Saurat, a reçu, il y a quelques mois, des propositions identiques auxquelles il n’a pas cru devoir répondre. Il s’agissait alors de 1 200 000 fr mais le plan était le même, le nom du signataire seul différait. Il ne serait pas cependant sans intérêt de connaître l’auteur de la proposition que vous m’avez signalée. Peut-être se révèlerait-il plus tard après l’échange de quelques lettres et pourrait-on ainsi découvrir la vérité ».

L’on ignore quel parti Marcellin Cazes suivit. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que Napoléon III et son épouse vendirent une partie des bijoux de l’impératrice pour financer leur exil à Londres, et que la majeure partie des joyaux fut rachetée puis revendue par le joaillier américain Charles Tiffany.

Lettre de José Bermudez de Castro à Marcellin Cazes, négociant à Vicdessos. Madrid, 30 mars 1872. Archives de l’Ariège, 5 M 89.

        

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